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Edition vendredi 24 août 2007 N° 620-TROISIEME ANNEE
   
 
 
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ALIOU DIA, DEPUTE A L’ASSEMBLEE NATIONALE, LA VOIX DE LA PAYSANNERIE

 

«L’Etat a une bonne maîtrise de la politique agricole»

 

La campagne agricole va bientôt démarrer. Mais quand est-il de la situation des travailleurs de la terre? Le député Aliou Dia, la voix de la paysannerie,  revient ici sur les recommandations du conseil présidentiel sur l’arachide, les attentes des paysans, etc. Un entretien riche en enseignements…

 

 bilan de la dernière campagne agricole

 

Cette dernière avait fait l’objet d’un conseil interministériel le 2 mai 2007 au Méridien présidé par le Premier Ministre Macky Sall. Il avait regroupé aussi des acteurs du monde rural. Des mesures importantes avaient été annoncées à savoir qu’il y aura une subvention des semences d’arachides, des engrais, mais également de tout ce qui touche aux intrants. Cependant, il n’avait pas été prévu une enveloppe pour le matériel agricole parce que selon le Premier ministre, il y avait un stock important de mévente du matériel agricole au niveau des séccos et au niveau des structures de stockage dans le monde rural. Il avait été décidé que 40.000 tonnes d’arachide d’huilerie soient distribuées, subventionnées à raison de 100 FCFA le kg d’arachide de coque; et certainement 265 FCFA pour l’arachide décortiquée. Il avait été prévu plus de 5 milliards pour la subvention de l’engrais et 10.000 tonnes également d’arachide de bouche. Ce qui devait servir d’expérimentation  parce qu’en 2006-2007, cela avait été prévu, mais malheureusement les semences n’étaient pas distribuées. Cette année encore il a été prévu 10.000 tonnes et un conseil présidentiel avait aussi été convoqué, sur la filière arachidière. A l’issue de ce conseil, il a été décidé que l’arachide d’huilerie devrait être augmentée, C’est-à-dire que le quota de 40.000 tonnes devrait être augmenté à 60.000 tonnes. A nos jours, 52.000 tonnes sont distribuées tant au niveau des petits producteurs que chez les gros producteurs. L’objectif de 60.000 tonnes n’est pas encore atteint; s’agissant de cette campagne, malgré ces dispositions, il y avait deux problèmes: même si on distribue 60.000 T, la quantité est insuffisante par rapport à la demande, parce que, comme  vous le savez, le Sénégal distribuait 12.0000 T de semences. Les 90.000 tonnes étaient distribuées au mois de mai et les 30.000 sous forme de réserve pour le cas où il y aurait des difficultés de survie. Si l’on donne 60.000 tonnes, c’est certainement la moitié de ce qui devait être distribué. Si on est aujourd’hui en deçà des 60.000 tonnes, la quantité reste insuffisante. La qualité également n’y était pas; le Sénégal avait une structure dénommée la Sonagraines qui s’occupait des semences mais également de la commercialisation pendant la production. La Sonagraines avait été dissoute, et aujourd’hui, il n’y a plus de structure officielle qui s’occupe des semences et de la commercialisation. N’eut été la Suneor, l’ex-Sonacos, la filière arachidière serait enterrée au Sénégal. Ce qui est regrettable car le Sénégal occupait la troisième place en matière de production arachidière après les Etats-Unis et l’Inde. Mais aujourd’hui, nous occupons une place qui n’est pas du tout confortable. N’eut été la Suneor qui prenait de ses stocks destinés à l’huilerie pour les donner aux paysans en qualité de semences, cette filière serait morte. Il y a lieu de féliciter la Suneor, car ce sont les meilleures graines des stocks disponibles qui sont à la Suneor, mais ce ne sont malheureusement pas des semences. Ce ne sont pas des semences certifiées, ce ne sont pas également des graines prévues pour semences. C’est cette situation qui est là depuis 2002 et cela pose problème. Pour que cette filière survive, il va falloir reconstituer le capital semencier.

 

baisse dans la distribution des semences

 

Il n’ y a plus de semences; dès qu’on a dissout la Sonagraines, il n’y a plus de structures qui vont voir les paysans pour évaluer leurs besoins, pour pouvoir s’en occuper. Le gouvernement donne ce qu’il peut. Le gouvernement dit: «je vais subventionner mais je ne peux dépasser 60.000 tonnes» et ces 60.000 tonnes, c’est cette année. En 2003-2004, on avait donné 35.000 tonnes, 2004-2005 40.000 tonnes, 2007-2008, c’était reconduit mais le Président a pensé devoir augmenter. Le problème, c’est qu’on n’a plus de semences. Il va falloir qu’on retrouve ces semences. Et comment ? En reconstituant le capital semencier. Et pourtant il y a l’ISRA. Elle a les compétences, et a les outils pour prendre toutes les dispositions pour que dans trois à quatre ans au maximum, le Sénégal dispose, en quantité et en qualité suffisantes, des semences. Malheureusement, aucune disposition n’est prise, parce que chaque année, on reconduit une enveloppe de 350 millions pendant le vote du budget à l’Assemblée nationale pour cette reconstitution. C’est très faible; alors que si on prend les subventions de 5 milliards pour l’engrais, à peu près 6 milliards pour les semences, cela fait une ardoise de 11 milliards. Si on ajoute les 3 milliards du matériel agricole, cela fait 14 milliards. Si on rationalise ces subventions, on peut affecter une bonne enveloppe à la reconstitution qui va régler nos problèmes pendant 3 ans. La subvention de l’engrais ne se ressent pas sur le revenu du petit paysan car cela n’a pas d’impact sur sa vie, si cela n’améliore pas son revenu, alors que c’était pour le soutenir. On subventionne pour les démunis mais tout va entre les mains des quotataires et des distributeurs. Les distributeurs sont agréés, les quotataires ce sont ces personnes qui viennent négocier pour qu’on leur donne un quota de 50 ou 60 tonnes. En général, ce quota ne va pas au niveau des gens. Il faudrait qu’on rationalise ces subventions, afin de pouvoir donner une enveloppe substantielle à l’Isra qui pourra effectivement reconstituer le capital semencier.

 

 Les autres filières.

 

C’est la même situation. Récemment,  le Président de la République avait fixé un objectif d’un million de tonnes de maïs. Mais actuellement, il n’y a pas de filière dont on trouve les semences ici au Sénégal. On n’en trouve même pas. Pour le maïs, c’est des hybrides qu’on va exporter. Pour les céréales, on n’a pas de semences certifiées. Et pourtant, on a disposé au niveau de l’Isra, du Cnra, dans des structures agricoles. Mais présentement, il n’y a nulle part dans le Sénégal, où on produit des semences de qualité. Ce qui fait que, même pour les céréales, on a un problème de semences. Même pour le manioc, quand on avait un programme spécial, les boutures nous venaient du Nigeria. Aujourd’hui, le problème du Sénégal  même en matière horticole, c’est que toutes les semences nous viennent de l’extérieur. Et je crois que ce n’est pas la bonne solution. Notre agriculture ne peut pas être dépendante, en matière de semences, de l’extérieur. Qui parle d’agriculture, parle de semences. Si les semences ne sont pas de qualité, la production ne peut être que médiocre.

 

structures pour  des semences de qualité, et le plan Reva

 

Nous avons l’ISRA qui a des agronomes qualifiés, mais malheureusement, ils ne font que se tourner les pouces. Ils ne sont pas dans les dispositions pour pouvoir travailler. Avec ces techniciens, et si on implique les paysans. L’objectif du plan Reva, n’est pas de produire des semences, c’est pour l’émergence de nouvelles cultures que les paysans ne connaissent pas. Donc les paysans avaient des structures qui travaillaient dans le développement des semences. Si on les organise, les encadre, et que les techniciens de l’ISRA mettent à leurs dispositions des bases et des pré bases, certainement, on pourra mettre entre les mains des paysans de très bonnes semences. Et les paysans sont disponibles. Mais actuellement, la volonté politique n’y est pas.

 

solutions idoines

 

Le Président de la République avait demandé lors du conseil présidentiel que l’ISRA fasse un programme. Et que le programme ficelé, le ministre des finances passe pour que des mesures hardies soient prises. Ce qu’on doit faire présentement pour le paysan, c’est de le doter de semences. Même si les semences ne sont pas certifiées aujourd’hui, qu’on donne les meilleures graines. Même si les quantités sont insuffisantes et que la pluie tarde, certainement, les paysans n’ont pas gardé le peu dont ils disposent. Mais il faudrait qu’on leur donne au moins des semences en céréales. Les semences en céréales ne coûtent pas cher et l’Etat peut en trouver. Il va falloir là où on peut produire du sorgho, le petit mil, les pastèques, qu’on leur donne ces semences. Au moins pour régler le problème de la sécurité alimentaire. L’arachide était la principale culture de rente qui coûte cher. Et si l’Etat ne peut pas donner satisfaction à la demande, qu’au moins pour les céréales, on prenne les dispositions pour que d’ici la 1ère pluie, au niveau de toutes les communautés rurales, l’Etat distribue des semences de céréales et gratuitement. Ca va permettre aux paysans, au moins, de faire des cultures céréalières, leur permettant de régler les problèmes de soudure.,

 

 

Dr Macoumba Diouf Directeur général de l’Isra

 

“Les voies pour une bonne campagne agricole”

 

Référence dans la sous région du fait de son dynamisme, l’Institut Sénégalais de Recherche Agricole (ISRA), outre sa mission de recherche et de génération de savoir en matière agricole, contribue à l’amélioration de la productivité et à une meilleure production agricole pour assurer une souveraineté alimentaire à notre pays. Par la même occasion, l’Isra participe à générer suffisamment de revenus pour les paysans ou producteurs, afin de mieux lutter contre la pauvreté. Avec l’installation tardive de l’hivernage, l’Isra, par la voix de son Directeur le Dr Macoumba Diouf, estime pour cette présente campagne agricole, qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter par rapport au retard de l’hivernage, et préconise la poursuite de la mise en place des intrants (semences, engrais, produits phytosanitaires etc..). Pour la réussite de cette présente campagne agricole, le Dr Diouf conseille aux producteurs, le respect strict des cartes variétales, le raisonnement de la fertilisation minérale de l’engrais dans les zones à faible pluviométrie, entre autres précautions à prendre.

 

Avec plusieurs prérogatives, dont celle de la recherche agricole qui contribuer à mieux aider les producteurs à produire plus à l’hectare, l’Isra intervient dans 4 domaines qui sont la production végétale, celle des ressources halieutiques, animales et forestières, et dans un domaine transversal qui est socio-économique. Dans sa mission de recherche, l’Isra intervient aussi dans la mise en œuvre d’un «paquet technique», pour l’amélioration de la qualité du rendement du riz cultivé dans la vallée du fleuve et les légumes produits dans les Niayes. Etant un acteur incontournable dans le domaine de l’agriculture, le Dr Macoumba Diouf en délivrant la vision des chercheurs de l’Institut Sénégalais de Recherche Agricole pour cette présente campagne agricole,  dira: «les gens doivent nuancer leurs propos quand ils parlent de pause pluviométrique». Pour lui, le constat en tant que professionnel dans ce domaine, lui fait dire que «ce n’est un retard dans l’installation de l’hivernage, ce qui est totalement différent d’une pause pluviométrique». Selon lui, «si l’hivernage s’installe correctement, c’est à partir des dates connues comme étant le début de la saison des pluies, et cela les statistiques montrent qu’on est dans les bons délais».

 

IL FAUT RESPECTER LES CARTES VARIETALES

 

Interpellé sur la question de savoir les prédispositions à prendre pour la campagne agricole, il préconise: «malgré le retard de l’hivernage, la situation actuelle permet de poursuivre la mise en place des intrants (engrais, semences et produits phytosanitaires). Se basant sur les résultats de la recherche, il soutient «qu’il faut respecter les cartes variétales, c’est-à-dire, ce qui a été recommandé pour une zone, que cela soit respecté dans cette partie. A défaut du respect de ces règles, les plantes risquent de mourir» prévient-il. «Donc pour cette année, la première recommandation des chercheurs est de respecter les cartes variétales. Il y a aussi l’autre aspect qui consiste au respect des raisonnements de l’engrais pour la fertilisation minérale, surtout dans les zones nord, où il ne pleut pas beaucoup. Contrairement aux autres campagnes précédentes, où il fallait pour la culture du mil, 150kg par hectare, et pour l’arachide, 200kg par hectare, cette année, il faut que dans les zones où le problème de faible pluie se pose, que les producteurs se rapprochent des experts des services de recherche pour pouvoir déterminer le raisonnement des apports par hectare» a-t-il expliqué. Car, dit-il «si on a des déficits en eau pour le reste de la campagne, on aura des pertes de rendements importants». C’est la raison pour laquelle, dans ces zones exposées à des pluies aléatoires, le paquet technique est en train d’être repensé». Les chercheurs pour leur part, rappellent aussi aux producteurs, que la semence est le premier intrant dans l’agriculture, dans le sens où elle représente 40 à 45% du rendement. Ceci pour dire l’impact qu’une semence de qualité a dans la production. Seulement, la qualité seule ne suffit pas pour avoir une bonne récolte selon Dr Diouf. Pour lui, «Il faut un environnement, où les sols sont riches ou enrichis pour avoir un bon rendement». Cela n’est cependant pas suffisant pour relever ce défi, car il faut aussi protéger les plantes des insectes et des parasites, renseigne M. Diouf.

 

LA RECHERCHE AGRICOLE EST UN PASSAGE OBLIGE

 

Selon le Dr Macoumba Diouf, directeur de l’Institut Sénégalais de Recherche Agricole, «pour arriver à améliorer la productivité, il faut toujours jouer d’abord sur la qualité de la semence, l’innovation technologique, c’est-à-dire les techniques modernes de pratique de l’agriculture» affirme le Dr Diouf. Pour cela, il n’y a que la recherche qui est le dépositaire de ces deux éléments, dit-il. «Point de possibilités d’améliorer le rendement, ni la productivité et la qualité dans l’agriculture, sans la promotion de la recherche agricole. Laquelle recherche est un passage obligé pour avoir un rendement de qualité et une bonne production» soutient-il. Sur ce domaine, il préconise, d’abord plus de moyens pour la recherche. A l’en croire «l’Etat est en train certes de beaucoup faire pour cette recherche avec un budget consistant qu’il a augmenté significativement ses dernières années, mais il reste cependant insuffisant» dit-il. Dans la mesure où pour lui, «il y a une forte demande de recherche qui nous vient à la fois de l’Etat et des producteurs» dit-il. Dans le même temps, il demande le renforcement des moyens logistiques, des laboratoires et beaucoup de centres fonctionnels. Sur ce, il se réjouit de la diligence dont le chef de l’Etat a fait preuve en prenant l’initiative de redynamiser le travail qui se fait dans tous les centres des régions. «Ouvrir les centres, les redynamiser, recruter des chercheurs et les faire encadrer par les anciens pour maintenir le niveau de performance de l’institut, sont les principaux leviers sur lesquels l’Isra pourra s’appuyer pour relever les défis à la hauteur de ses ambitions» a expliqué le Dr. Macoumba Diouf.

 

IL FAUT UNE REVALORISATION DES SALAIRES DES CHERCHEURS

 

Outre le domaine logistique, il y a aussi le domaine social où il y a lieu pour d’apporter des solutions appropriés selon le Dr Diouf. Selon lui, un traitement salarial plus compétitif, participera au maintien du personnel, qui préfère aller monnayer son savoir ailleurs. «L’agriculture occupe 70% de la population Sénégalaise, ceci pour dire l’importance de ce secteur dans l’économie nationale. Rien que pour cela, outre son besoin en équipements logistiques modernes, il faut une revalorisation des salaires des chercheurs, au même niveau que ceux de l’université pour qu’on puisse faire ce que les autres font ailleurs», suggère M. Diouf. Pour lui, aujourd’hui l’Isra remplit pleinement sa mission à la hauteur des moyens dont il dispose, tout en ne se limitant pas à ces ressources qui proviennent de l’Etat. Toutefois, dans le but d’apporter des précisions sur le rôle que doit jouer l’Etat dans la politique de recherche, M. Diouf, dira: «il n’ y a aucun pays au monde où l’Etat finance intégralement sa recherche, car il y a un système de fond compétitif international qui a été instauré pour ce genre de projets». Cependant poursuit-il, «c’est au scientifique qu’il revient maintenant de se battre pour obtenir ces financements».